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Une Histoire à Raconter

Tous les grands hôtels ont une histoire à raconter - des personnalités qui y ont séjourné à la place singulière qu'ils occupent dans l'histoire de leur ville. C'est le cas notamment de l'hôtel Chelsea de New York et du Château Versailles de Montréal, qui se trouve dans un lieu privilégié, puisqu'il a été construit sur des terrains ayant appartenu à un ordre religieux de distingués aristocrates, connu sous le nom des Messieurs de Saint-Sulpice.

En 1676, au pied du mont Royal, les Sulpiciens décident d'établir une mission afin d'évangéliser les Amérindiens. On y construit un fort avec une enceinte de pierre, ou maison pour les missionnaires, flanqué de quatre tours, un vrai château. La mission est érigée aux frais de l'abbé François Vachon de Belmont, qui devient supérieur du séminaire en 1701. C'est donc dans ce qui semble être une tentative nostalgique de reproduire Versailles et la cour du roi Louis XIV que Monsieur de Belmont, en 1694, fait également aménager un miroir d'eau et un jardin français. Des années plus tard, les fortifications érigées par l'abbé de Belmont sont détruites pour permettre la construction du Grand Séminaire (1857). On peut encore voir les deux tours, à quelques pieds de l'hôtel Château Versailles, seuls vestiges du village de la mission, sans doute l'une des structures les plus anciennes de Montréal.

Vers la fin du XIXe siècle, la rue Sherbrooke s'était transformée en une avenue bordée d'arbres majestueux, abritant les maisons de ville et les hôtels particuliers des riches habitants de ce jeune pays. La rue Sherbrooke est au Canada l'équivalent de la cinquième avenue à New York. La plupart de ces superbes résidences se trouvent dans ce qu'on appellera le Golden Square Mile. Au début du XXe siècle, 70 % des fortunes au Canada sont concentrées entre les rues Sherbrooke et Côte-des-Neiges, l'avenue des Pins et la rue McTavish.

En 1911, James Seath-Smith, architecte, collectionneur d'art et propriétaire de la première automobile de Montréal, commence la construction des maisons de ville très chic, sises au 1657 et 1659 rue Sherbrooke Ouest, et plus tard au 1669 et 1671. Le propriétaire du 1657, M. Seath-Smith, fait aménager sa demeure de façon somptueuse : bois sculpté, frises, marbre italien sculpté et devantures de cheminées de style hollandais. L'honorable Narcisse Pérodeau, quatorzième lieutenant-gouverneur de Québec, est propriétaire de la résidence adjacente.

Ce n'est qu'en 1958 que Marie-Louise et André Villeneuve transforment les lieux du 1669, rue Sherbrooke Ouest pour en faire un petit hôtel, le « Versailles Lodge ». Par la suite, la famille se porte acquéreur des trois bâtiments adjacents pour créer le Château Versailles, tel qu'il est aujourd'hui, regroupant quatre résidences distinctes, tant par leur style que par leur histoire.

Aujourd'hui, le Château Versailles abrite des trésors d'antiquités, notamment treize cheminées originales avec moulures, des pièces dotées de hauts plafonds ornés de frises remarquables, une lampe de style Art déco unique, une sélection de photographies des anciens résidents des lieux et une machine à coudre ayant appartenu à Gabrielle Bernier, une designer de mode de renom qui a vécu au 1669, rue Sherbrooke.